Un départ de Hanoï mouvementé...

Mon taxi pour partir vers l'aéroport était commandé depuis la veille. Donc pas d'inquiétude. A l'heure prévue, je sors de l'hôtel, trouve un taxi qui pourrait bien ressembler à celui qui était commandé. Je négocie le montant de la course en exhibant un bout de papier avec 250 000 dongs écrit dessus (il faut toujours pratiquer ainsi au Vietnam, pas pratique quand on ne connaît pas trois mots de vietnamien). C'est bon.

D'abord quelques inquiétudes parce que le chauffeur nous fait prendre les chemins de traverse, pas du tout le même trajet qu'à aller.
- Ca y est, me dis-je dans un accès de mélodrame. Il m'emmène dans un coin perdu, appelle ses copains (car il passe son temps au téléphone). A eux tous, ils vont me régler mon compte.
Mais nous finissons pas retrouver la grande route, qui, avec un peu de chance, mène à l'aéroport.
Un coup d'oeil à ma montre. Parfait. Il reste deux heures trente avant le départ de l'avion. Nous sommes dans les temps.

Les Vietnamiens ne se servent pas du clignotant pour changer de voie, ils préfèrent klaxonner. La route est un vaste champ de pouet-pouet.
Mon chauffeur est consciencieux, on dirait qu'il a peur que j'arrive trop tard. Le téléphone en main, il cherche à dépasser un camion. La voie de gauche est utilisée. Qu'à cela ne tienne, il dépasse par la droite, la bande d'arête d'urgence n'est-elle pas faite pour ça ?
Sauf qu'une moto s'y trouvait, elle aussi. 

Nous la percutons.
Le motard tombe dans un hurlement, la moto valse dans le bas-côté.
Derrière nous, les voitures freinent.
Mon chauffeur hésite ; accélérer et redémarrer pour oublier le fâcheux incident ?
Non, pas possible, une file de voitures est déjà créée;
Il faut appeler la police, on crie de tous les côtés, on s'occupe du blessé, qui semble avoir mal à la jambe. On examine la moto, à la roue tordue.
J'attends. Je ne comprends rien. J'attends.
Une heure trois quarts avant le départ de l'avion.
La radio du taxi crache des beuglements incessants.


La police arrive, cherche à m'interroger. Mais comme je ne comprends rien, et que personne ne parle anglais, on abandonne vite.
La route est à peu près dégagée.
Un taxi de la même compagnie s'arrête à proximité. Compatit.
A l'arrière, un client regarde sa montre. Je demande en anglais :
- Vous allez aussi à l'aéroport ?
Coup de chance, il baragouine deux mots. Oui, il s'y rend aussi.
- Je peux partager le taxi avec vous ? Sinon je vais rater mon avion.
OK.
Sauf que mon chauffeur refuse d'ouvrir le coffre pour que je récupère mes bagages.
Je lui donne le montant de la course prévu, il concède que oui, il peut faire un effort.
Transfert de valise.
Je bondis dans le nouveau taxi.
Qui ne dépasse par la bande d'arrêt d'urgence.

On arrive à l'aéroport une heure et quart avant le vol. Hop, je repaie une deuxième course, tant pis.
Je me débrouille pour passer en priorité à l'embarquement malgré la foule immense.
Juste le temps de régler les formalités et de m'asseoir dans l'avion.
Moins une !

Et me voilà à Singapour.
J'espère juste que le chauffeur de la moto s'en sortira !