Résidence d'écriture "Un monde en paix", acte 3

 

Imaginez un atelier d'écriture XXL.

 

Une communauté de communes, la Thiérache du Centre, souhaite mener une grande action d'ici le centenaire de l'armistice, qui a été décidé sur son territoire le 7 novembre 1918, soit quelques jours avant la signature officielle. Cette région a payé un lourd tribu à la première guerre mondiale, sanglante, atroce. Ici et là, on en voit encore les traces.

 

Deux auteures, Sylvie Baussier et moi-même : nous avons l'honneur de nous voir proposer de mener cet atelier sur le thème "Construire un monde en paix".

Y sont engagées 16 classes de primaire, soit environ 450 enfants et leurs enseignants, 5 médiathèques. Les mercredis, des habitants, des groupes de centre de loisir et des IME viennent s'y ajouter.

Trois semaines d'interventions échelonnées sur l'année scolaire.

 

Vous avez peut-être déjà lu ici même les posts écrits de retour de chacune de ces expériences tellement fortes, ici ou .

 

Avec tous ces intervenants, nous avons imaginé un monde en paix.

Ce n'est pas rien !

Cette semaine, nous avons écrit une fiction, en continu, avec 250 enfants de CP eu CM2, ou des enfants venant de centre de loisirs ! La première classe a mis en place l’intrigue, a choisi les personnages principaux, et les autres classes, successivement, se sont emparées du texte et ont chacune écrit un chapitre. Les derniers ont clôt l’aventure. En tout, neuf groupes ont participé.

 

C’est une expérience exceptionnelle que nous avons vécue là, un bel exemple de solidarité et de collaboration.

J'ai été impressionnée par la qualité d’écoute. Jamais aucun enfant n’a critiqué la production de ses camarades qui avaient travaillé avant lui. Certains ont même applaudi quand j’ai terminé de lire le début du récit – non pas ma lecture, mais bien parce que le roman leur plaisait, et qu’ils étaient en admiration devant la prestation de leurs camarades.

Oui, j’ai senti une indéniable bienveillance quand les enfants découvraient le travail de leurs camarades, que ce soit sur la narration ou sur leurs idées. Car souvent, nous avons exploré les pays imaginés par les autres classes, nous nous sommes appuyés sur leurs productions.

J’ai aussi été amusée par une indécrottable tentation de faire mourir nos héros dans d’atroces souffrances : une bonne dizaine de fois, il a fallu repêcher les personnages principaux au fond d’un ravin, ou agonisant après une attaque d’ours, une coulée de boue dévastatrice… L’imagination s’oriente-t-elle forcément vers des catastrophes ? Nous en avons beaucoup parlé, partagé et arbitré à ce sujet. Ces réflexions participent à nous faire grandir et avancer.

Au final, voilà un roman où chacun a mis sa patte, où chacun se retrouvera, même un petit peu. Je n’ai pas cherché à lisser la narration. Ce sont leurs phrases, leur travail, leur imagination. Et, au-delà de l’histoire contée, c’est bien ça qui est riche et beau – la rencontre fraternelle de 250 enfants qui ne se connaissent pas, mais s’appuient l’un sur l’autre.

 

Maintenant nous travaillons aux traces : chaque enfant, chaque participant à cet atelier aura son livre, contenant les textes et les dessins de tous les intervenants : les pays créés, les traités de paix, les correspondances, les voyages au sein de ce monde imaginaire qui est quasiment devenu une réalité pour plus de 500 personnes - dont Sylvie et moi, qui en parlons, en rêvons, le vivons.

Il y aura aussi un site internet, une exposition en Thiérache

 

Du chemin reste à parcourir, mais d'ores et déjà : merci à tous pour cette incroyable aventure d'écriture, d'imagination, cette aventure humaine qui nous a tous, je pense, aidés à grandir un peu.

 

Une magnifique expérience, qu'on renouvèlerait avec bonheur !